Le marché européen des carburants pourrait connaître des tensions dès le mois prochain. Le groupe Shell alerte sur un risque de perturbations rapides concernant le diesel et l’essence, lié aux incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, concentre les inquiétudes des acteurs du secteur énergétique.
Le détroit d’Ormuz au cœur des préoccupations
Lors de la conférence CERAWeek à Houston, le PDG de Shell, Wael Sawan, a souligné que les tensions au Moyen-Orient représentaient désormais une menace concrète pour l’approvisionnement en carburants raffinés. Le passage maritime d’Ormuz voit transiter quotidiennement près de 6 millions de barils de produits pétroliers déjà transformés, dont le diesel et l’essence destinés aux marchés européens et asiatiques.
Les pays d’Asie du Sud et du Sud-Est ressentent déjà les premiers effets de ces incertitudes. L’Europe apparaît comme le prochain maillon exposé à ces perturbations. L’Allemagne anticipe des difficultés d’approvisionnement entre fin avril et mai, en raison de sa forte dépendance énergétique industrielle.
La situation se complique avec la décision de la Chine de suspendre certaines exportations d’essence et de diesel. Cette mesure retire du marché international un volume tampon habituellement disponible en cas de crise, réduisant les marges de manœuvre des importateurs européens.
Les stocks stratégiques comme filet de sécurité
Face à ce scénario, les États membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) disposent de réserves obligatoires équivalant à 90 jours d’importations. En France, ces stocks représentent environ 18 millions de tonnes de carburants, soit trois mois de consommation nationale. En cas de crise d’approvisionnement majeure, l’AIE peut décider de libérer une partie de ces réserves de manière coordonnée pour stabiliser les marchés.
Un blocage de courte durée ne devrait donc pas entraîner de pénurie généralisée aux stations-service européennes. Le risque principal réside dans une hausse des prix à la pompe et des tensions localisées, amplifiées si les automobilistes anticipent des difficultés d’approvisionnement. La période printanière coïncide avec une reprise naturelle de la demande liée aux déplacements de loisirs.
Le diesel reste le carburant le plus sensible
Le diesel constitue le carburant le plus exposé à ces perturbations. Il alimente les poids lourds, une grande partie des véhicules utilitaires, les engins agricoles et près de la moitié du parc automobile européen. Si les flux en provenance du Golfe diminuent et que la Chine conserve sa production pour son marché intérieur, l’Europe devra se tourner vers d’autres régions productrices.
Les grandes compagnies pétrolières explorent déjà des alternatives, notamment de nouveaux projets au Venezuela, pour diversifier leurs sources d’approvisionnement. Le parc automobile français reste massivement thermique, bien que début 2026, la part des véhicules fonctionnant à l’essence ou au diesel ait continué de diminuer au profit des motorisations électrifiées et hybrides. L’évolution de la situation autour du détroit d’Ormuz dans les prochaines semaines déterminera si le printemps se traduira par une simple hausse des prix ou par des tensions plus marquées sur le territoire européen.
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