Pourquoi Stellantis décide-t-il d’abandonner ses utilitaires à hydrogène malgré les investissements déjà engagés ?

Peugeot hydrogène
© Peugeot

Stellantis, un des géants de l’automobile, annonce l’arrêt définitif de son programme de véhicules utilitaires à hydrogène. Un revirement aussi soudain que retentissant, alors que le groupe présentait encore en janvier dernier plusieurs modèles à pile à combustible lors du salon Hyvolution à Paris. Jean-Philippe Imparato, patron de Stellantis Europe, évoque des raisons économiques et réglementaires. Ce retrait suscite de nombreuses interrogations, en particulier chez les partenaires industriels du groupe. Que deviendront les usines censées produire ces utilitaires à hydrogène ? Éléments de réponses avec Caroom.

 

Un marché jugé peu rentable

Dans un communiqué qui date du 16 juillet 2025, Jean-Philippe Imparato a exposé les motifs qui ont poussé Stellantis à mettre un terme à son programme de développement d’utilitaires à hydrogène. Selon ses propos, le marché de l’hydrogène reste un secteur de niche sans réelle rentabilité économique envisageable à moyen terme.

Le dirigeant pointe également les exigences de plus en plus drastiques, imposées par l’Union européenne en matière de réduction de CO2. Le groupe se voit contraint d’investir dans des technologies rapidement viables, à l’instar des véhicules électriques à batterie et des hybrides rechargeables.

Par ailleurs, le coût de l’élaboration de la technologie à hydrogène s’avère particulièrement élevé, que ce soit pour la recherche et le développement, la fabrication ou l’entretien. Les infrastructures qui fournissent l’hydrogène étant peu nombreuses, la démocratisation de cette forme d’énergie n’est pas évidente, même si elle révèle un fort potentiel pour les voitures lourdes ou à usage intensif.

Stellantis, qui observait déjà une faible demande pour ses modèles à hydrogène, préfère donc se tourner vers des alternatives plus accessibles, concevables et responsables, afin d’assurer sa compétitivité à moyen terme et de satisfaire les exigences de sa clientèle, notamment grâce à une offre hybride et électrique ciblant aussi bien les véhicules destinés aux particuliers que les utilitaires légers.

Des partenaires industriels pris de court

La brutalité de cette annonce a provoqué des remous, notamment du côté de Forvia et Michelin, coactionnaires de Symbio, la coentreprise spécialisée dans la pile à combustible fondée avec Stellantis en 2023. L’entreprise Symbio devait jouer un rôle central dans le déploiement de la mobilité à l’hydrogène en France sur le continent européen. Elle devait fournir les dispositifs de propulsion pour les utilitaires du groupe.

 

Cette décision de Stellantis met en péril l’avenir de cette structure. Les partenaires industriels du projet n’ont pas caché leur désarroi, sachant que le groupe est non seulement un coactionnaire, mais également le principal client de Symbio. Les commandes du constructeur constituaient près de 80 % de la production de Symbio.

L’abandon du programme à hydrogène pourrait avoir des incidences pécuniaires et opérationnelles majeures pour la coentreprise. À ce jour, elle compte près de 600 employés en France et une cinquantaine à l’étranger.

Des échanges ont été engagés entre les parties afin de déterminer les répercussions de la situation, et défendre les intérêts de Symbio. De son côté, l’État français surveille de près le dossier, inquiet pour l’avenir de la filière hydrogène nationale, qu’il soutient activement depuis déjà plusieurs années.

Quel impact pour les usines concernées ?

Quelles seraient donc les conséquences industrielles de cette décision ? Le programme hydrogène de Stellantis devait se concrétiser par la production en série de fourgons à pile à combustible dans deux usines : à Hordain qui se situe dans le Nord de la France et à Gliwice, en Pologne. L’annulation de cette production, qui devait démarrer dans les mois à venir, pourrait affecter le travail des employés.

Stellantis tient, néanmoins, à les rassurer en précisant que cette décision n’aurait pas d’impact sur les effectifs au sein des usines de production. Les sites d’assemblage se concentreront sur la fabrication de voitures thermiques et électriques, tandis que les équipes de R&D dédiées à l’hydrogène se chargeront d’autres projets technologiques.

Avec cette annonce, Stellantis met fin à une innovation technologique, pourtant ambitieuse. Le groupe renonce donc à ses utilitaires à hydrogène et préfère miser sur des projets plus réalistes sur le plan économique. L’hydrogène, en tant que solution de mobilité, devra alors attendre encore quelque temps, avant de pouvoir faire ses preuves à grande échelle.

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Publié par

Jordane CLAUSS

Responsable de contenus

Je suis responsable de contenus automobiles chez Caroom depuis 2020. J’ai lancé la catégorie du Guide « Voiture propre », au moment où les ventes de véhicules électriques commencent à décoller en France et où les constructeurs accélèrent leurs investissements. Ce projet a structuré mon travail : rendre la voiture électrique plus simple à comprendre, et accompagner les acheteurs dans le choix, l’achat et l’utilisation de leur véhicule (conseils, astuces, comparatifs). Mon objectif est aussi de tenir les lecteurs informés de l’actualité (bonus, nouveaux modèles, prix de la recharge, tendances du marché). En savoir plus.

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