Cela fait quelques mois que le phénomène des freinages fantômes fait parler de lui. De plus en plus d’automobilistes signalent des arrêts soudains et inexpliqués en pleine circulation, souvent à haute vitesse. L’histoire de Joanna, victime sur l’A40, a révélé un problème touchant plusieurs marques et modèles. Plus de 250 témoignages évoquent divers incidents, dont certains ont engendré des pertes humaines. Les systèmes d’aide à la conduite, en particulier le freinage automatique d’urgence, sont pointés du doigt.
Un phénomène qui prend de l’ampleur : des centaines de cas recensés
Tout commence au printemps dernier, alors que Joanna circule à 120 km/h sur l’autoroute A40. Sans aucun obstacle apparent, sa Peugeot 208 freine brusquement et s’arrête en pleine voie rapide. L’automobiliste derrière elle n’a pas le temps de freiner et la heurte brutalement par l’arrière. Par miracle, personne n’est gravement blessé. Après l’incident, la justice refuse l’expertise de son véhicule, jugeant l’opération trop coûteuse, d’autant plus qu’il n’y a pas eu de décès. Ni les assurances ni le constructeur n’entament alors d’analyse technique.
Décidée à tirer la situation au clair, Joanna lance un appel à témoins via la presse locale et une adresse mail dédiée. Les réponses dépassent toutes ses attentes, puisque plus de 250 témoignages affluent en quelques semaines, certains datant d’il y a quatre ans. Les marques concernées sont variées : Peugeot, mais aussi d’autres constructeurs, y compris des modèles premium. Dans la plupart des cas, les conducteurs décrivent un freinage automatique soudain, sans obstacle visible, dans certains cas, limité à un coup de frein, et parfois jusqu’à l’arrêt complet du véhicule.
Certains incidents n’ont entraîné qu’une peur bleue, tandis que d’autres se sont soldés par des hospitalisations ou, dans un cas tragique, par un décès. Il ne s’agit donc pas d’un problème isolé. Une ingénieure, Aurélie Tormos, raconte avoir vécu un accident similaire un an et demi avant celui de Joanna. Sa passagère meurt sur le coup. Condamnée pour homicide involontaire, elle milite aujourd’hui pour que ce potentiel défaut soit reconnu et traité, afin d’éviter d’autres tragédies.
Le phénomène des freinages fantômes n’est donc pas nouveau. D’ailleurs, Tesla a déjà été appréhendé pour ce problème avec son système Autopilot. À ce jour, l’affaire prend une nouvelle dimension, car elle ne concerne plus seulement une marque ou un modèle, mais un ensemble de véhicules pourvus des mêmes technologies.
Les systèmes d’assistance à la conduite (ADAS) pointés du doigt
Les témoignages semblent tous se diriger vers la même cause, à savoir les ADAS (Advanced Driver Assistance Systems), et plus particulièrement le freinage automatique d’urgence. Depuis juillet 2022, la présence de ce système est obligatoire sur toutes les voitures neuves.
En théorie, le dispositif détecte un obstacle et freine si le conducteur ne réagit pas à temps, afin de limiter ou éviter une collision. Mais les experts rappellent qu’une telle technologie peut comporter des failles. Un objet, un simple débris ou même une ombre pourraient suffire à déclencher le freinage.
Les incidents rapportés montrent que ces déclenchements peuvent survenir sans danger réel. Ce qui préoccupe encore plus, c’est que certains cas, comme celui de Joanna, se produisent sur autoroute à vitesse élevée, alors que ces systèmes ne sont normalement actifs qu’à basse vitesse.
Certes, la désactivation temporaire du freinage automatique via le tableau de bord est possible, si besoin. Cependant, cela priverait l’automobiliste d’une assistance potentiellement utile en cas de véritable danger.
Une bataille judiciaire en préparation
Au vu du nombre élevé des témoignages, Joanna envisage de mener une action collective en justice, espérant que les constructeurs reconnaîtront le problème et, si nécessaire, corrigeront le dysfonctionnement. Le scandale des airbags Takata, avec l’accumulation de cas individuels, a permis de divulguer un défaut majeur à l’échelle mondiale et d’intenter une action.
Mais ce parcours judiciaire s’avère long et coûteux. Les expertises techniques sont difficiles à obtenir et exigent d’importants moyens financiers. Pour le moment, Peugeot affirme ne pas avoir été officiellement contacté et renvoie la responsabilité vers l’assurance de la cliente.
Pour sa part, Joanna ne compte pas lâcher l’affaire. Elle refuse de voir sa voiture partir à la casse sans analyse. Elle entend alerter l’opinion publique, fédérer les victimes et, surtout, veiller à ce qu’aucun autre accident ne se termine en drame.
Quoi qu’il en soit, le succès d’une telle procédure dépendra de la capacité à prouver qu’il existe véritablement une défaillance technique, et à établir un lien direct avec les incidents recensés. Or, sans expertise indépendante, cette démonstration serait compliquée. En tout cas, si d’autres personnes ayant vécu la même situation continuent de se manifester, les autorités ou les constructeurs se verraient, au final, contraints d’ouvrir une enquête de grande envergure.
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