Inspirée des États-Unis, l’Union européenne instaure la norme CAFE en 2021 après des années de réglementations peu dissuasives visant à réduire les émissions de CO2 des véhicules neufs. Si cette dernière fait beaucoup parler d’elle actuellement, c’est que le seuil d’émissions à ne pas dépasser a été réduit en 2025, à l’instar du malus écologique en France. Par ailleurs, les constructeurs s’exposent à de lourdes amendes. Vous souhaitez en savoir plus sur la norme CAFE ? Comment est-elle mise en pratique ? Comment impacte-t-elle le marché automobile ? Caroom vous livre toutes les réponses dans ce guide complet !
La norme CAFE, c’est quoi ?
La norme CAFE (Corporate Average Fuel Economy) est une réglementation européenne qui impose aux constructeurs automobiles un seuil moyen d’émissions de CO2 pour l’ensemble des voitures neuves vendues chaque année. Si cette moyenne dépasse le seuil fixé, le constructeur se voit infliger une amende par gramme excédentaire et par véhicule vendu.
Depuis la fin des années 90, l’Union européenne met en place des réglementations visant à réduire les émissions de CO2 des voitures neuves. Toutefois, ce n’est qu’en 2009 qu’elle introduit des sanctions financières, avec un objectif moyen de 130 g de CO2/km (NEDC) à respecter entre 2015 et 2019.
À partir de 2020, le seuil est abaissé à 95 g de CO2/km et devient encore plus strict avec l’entrée en vigueur du cycle d’homologation WLTP (Worldwide Harmonized Light Vehicles Test Procedure) en 2021. C’est à ce moment-là que la norme CAFE entre en vigueur, bien qu’elle ne soit jamais nommée ainsi par l’UE.
À partir de 2025, le seuil d’émissions est encore abaissé de 15 %, avec une limite moyenne de 81 g de CO2/km. Concrètement, un constructeur doit vendre 1 véhicule électrique pour 4 véhicules thermiques pour l’atteindre.
Ce nouveau seuil est en vigueur jusqu’en 2029, avant une réduction plus drastique à 59 g de CO2/km dès 2030. Cette dernière rendra pratiquement impossible la commercialisation de véhicules thermiques non électrifiés avant leur interdiction totale en 2035.
Comment la norme CAFE est-elle appliquée et contrôlée ?
La norme CAFE 2025 impose un seuil d’émissions de CO2 moyen de 81 g/km. Néanmoins, en pratique, il varie d’un constructeur automobile à l’autre en fonction de la masse moyenne des véhicules vendus.
Par exemple, un fabricant de SUV et de berlines lourdes bénéficiera d’un seuil plus élevé qu’un constructeur spécialisé dans les petites citadines. La prise en compte du critère poids permet alors d’éviter un déséquilibre trop important entre les marques et de laisser du temps aux constructeurs pour adapter leur gamme.
L’International Council on Clean Transportation (ICCT) a estimé les objectifs de CO2 à respecter en 2025 pour les dix plus grands constructeurs, en les comparant aux émissions moyennes constatées en 2023 (entre parenthèses) :
- BMW : 93 g (104)
- Ford : 94 g (119)
- Hyundai : 94 g (109)
- Kia : 93 g (104)
- Mercedes-Benz : 91 g (109)
- Renault-Nissan-Mitsubishi : 96 g (111)
- Stellantis : 96 g (105)
- Toyota : 94 g (109)
- Volkswagen : 95 g (120)
- Volvo : 70 g (90)
Ces seuils tiennent compte des performances actuelles des marques et du type de véhicules qu’elles commercialisent. Cela explique pourquoi Volvo, qui mise fortement sur l’électrification, a un objectif beaucoup plus bas que Volkswagen ou Ford, encore dépendants des motorisations thermiques.
Un contrôle strict et des sanctions dissuasives
Pour garantir le respect de ces seuils, l’Union européenne se base sur les données d’homologation des véhicules, établies selon le cycle WLTP. Des contrôles réguliers sont également effectués et, en cas de non-conformité, les constructeurs s’exposent à de lourdes sanctions financières.
En effet, l’amende s’élève à 95 euros par gramme de CO2/km excédentaire et par véhicule vendu. Cela représente des montants colossaux qui peuvent rapidement atteindre plusieurs centaines de millions d’euros.
Prenons l’exemple d’un constructeur qui dépasse son seuil de CO2 de 10 grammes et vend 350 000 véhicules dans l’année. Il devra payer une amende de 332,5 millions d’euros !
Les stratégies des constructeurs pour respecter la norme CAFE
Pour réduire ou éviter ces amendes, les constructeurs ont recours à plusieurs stratégies.
- L’électrification de leur gamme : le développement de véhicules électriques et hybrides rechargeables permet d’abaisser la moyenne des émissions de CO2 ;
- Les super-crédits (jusqu’en 2022) : chaque véhicule électrique ou hybride rechargeable vendu comptait comme plus d’un véhicule thermique dans le calcul de la moyenne des émissions. Cela les incitait d’ailleurs à produire davantage de modèles électrifiés.
- Les pools : certains constructeurs forment des alliances pour équilibrer leurs émissions et éviter des amendes trop élevées. Par exemple, Tesla vend régulièrement des crédits CO2 à d’autres constructeurs pour les aider à compenser leur dépassement.
Quels sont les impacts sur le marché automobile ?
Si l’on parle beaucoup de la norme CAFE en ce moment, c’est qu’elle a des répercussions sur le marché automobile, à la fois pour les constructeurs, les automobilistes et même les flottes d’entreprise.
En effet, face aux seuils d’émissions de CO2 toujours plus bas, les constructeurs doivent adapter leur gamme et proposer davantage de véhicules électrifiés. Certains décident alors de réduire l’offre de voitures thermiques, car les coûts de développement deviennent progressivement plus élevés à cause des normes européennes en vigueur. Les petites citadines thermiques sont particulièrement concernées, car elles sont plus difficiles à électrifier sans hausse significative de leur prix.
Quant aux constructeurs qui continuent de commercialiser des véhicules essence et diesel, ils augmentent logiquement les prix. De quoi dissuader des acheteurs potentiels et ainsi atteindre les objectifs fixés par l’UE. Par ailleurs, les restrictions de circulation dans certaines grandes villes et les politiques de bonus-malus et malus au poids incitent encore davantage les consommateurs à se tourner vers des modèles hybrides ou électriques.
Cette transition impacte aussi les entreprises, notamment celles disposant de flottes. Elles doivent progressivement intégrer des véhicules électrifiés pour respecter les nouvelles réglementations et limiter les coûts liés aux taxes sur les modèles thermiques. Certains constructeurs revoient ainsi leur offre pour répondre à cette demande croissante et développer des solutions adaptées aux besoins professionnels.
Toutefois, cette mutation a des conséquences sur l’emploi et l’industrie automobile. La transition vers l’électrique entraîne une transformation des chaînes de production, réduisant la demande pour les composants des moteurs thermiques et menaçant certains métiers.
De plus, la disparition progressive des petits modèles essence et diesel complique l’accès à une voiture neuve pour les ménages aux budgets serrés. Parallèlement, le développement des infrastructures de recharge devient un enjeu clé pour accompagner cette transition, alors que le marché européen doit également faire face à la montée en puissance des constructeurs spécialisés dans l’électrique, souvent plus compétitifs.
L’essentiel à retenir
En vigueur depuis 2021, la norme CAFE se durcit en 2025 et prévoit de sanctionner les constructeurs qui vendent des véhicules trop polluants au sein de l’Union européenne. Si certains acteurs de l’industrie automobile dénoncent un objectif trop ambitieux, les associations environnementales estiment au contraire qu’il est accessible et justifié et rappellent que les constructeurs avaient largement le temps de s’y préparer. Quoi qu’il en soit, face à ces exigences renforcées, les marques doivent adapter leurs stratégies et ajuster leur production. Une chose est certaine : les automobiles seront une nouvelle fois en première ligne de ces évolutions.
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