Un vrai 4×4 dispose naturellement de prédispositions pour la conduite en tout-terrain, s’agissant d’un environnement pour lequel il a précisément été conçu, afin de s’y montrer aussi à l’aise que possible. Néanmoins, la pratique du off-road ne s’improvise pas, quand bien même l’on se trouve au volant d’un véhicule qui a été pensé pour le franchissement. On peut d’ailleurs tracer ici le parallèle avec l’achat d’une super-sportive et le fait de la conduire à ses limites, car avant de vous lancer, en toute sécurité, il y a bien entendu un certain nombre de précautions à prendre : trouver un circuit, apprendre à maîtriser les transferts de charge et la taille du 4×4, etc. Pour en revenir aux 4×4 et à leur façon d’être conduit, il nous paraissait donc utile de faire le point sur les quelques éléments clés à connaître pour débuter en tout-terrain, sans risquer de vous faire mal et sans abîmer votre nouveau baroudeur non plus !
Connaître son 4×4 et rouler prudemment
Le premier conseil que l’on peut vous donner pour conduire un 4×4 et qui persiste à être encore trop souvent ignoré de nombreux automobilistes réside dans la connaissance approfondie qu’il faut avoir de son propre véhicule. C’est vrai pour n’importe quelle catégorie, mais sans doute plus encore pour les tout-terrain. De fait, vous n’aborderez pas les obstacles de la même manière en fonction des angles d’attaque du véhicule, de sa hauteur de caisse, et de la présence ou non de protections pour le soubassement, par exemple.
Dans le même ordre d’idée, nous partons ici du principe que seuls les vrais 4×4, disposant d’une transmission intégrale permanente, sont considérés. Mais avez-vous un réducteur de vitesse ou une première plus courte ? Et qu’en est-il du blocage de différentiel et de la gestion de l’ESP sur sol glissant ? Il convient aussi de connaître la profondeur de gué afin de ne pas risquer d’endommager votre moteur ou l’électronique du véhicule dans une eau trop profonde. Mentionnons également l’éventuelle présence d’un treuil, infiniment pratique pour se sortir d’un mauvais pas, à condition évidemment de savoir s’en servir…
Par ailleurs, il convient de ne pas prendre de risque inconsidéré et tout particulièrement lorsque l’on débute dans l’art de la conduite en tout-terrain. Ainsi, mieux vaut garder sa ceinture de sécurité. Certes, rien ne vous y oblige, puisque vous n’êtes pas contraint par le Code de la Route et il y a peu de chance que vous percutiez un autre véhicule, mais les accrochages avec le relief ou les arbres restent une possibilité non-négligeable. D’ailleurs, la consigne d’attacher la ceinture vaut pour tous les passagers qui pourraient se joindre à vous. Cela étant posé, il faudra ensuite positionner votre siège de manière à optimiser le champ de vision vers l’extérieur, en laissant tout de même une dizaine de centimètres d’espace entre votre tête et le toit (en cas de retournement).
Gardez évidemment vos mains et vos bras à l’intérieur du véhicule et mettez vos pouces à l’extérieur du volant. Combien de pouces cassés ne voit-on pas suite à un mouvement brusque du volant lors d’un passage difficile… En outre, si vous devez sortir du véhicule, ou lorsque vous laisserez intelligemment descendre vos passagers avant un franchissement particulièrement risqué, enclenchez la vitesse la plus petite en sus du frein à main, qui pourrait ne pas suffire, et coupez le moteur.
Focus sur les pneumatiques et leur pression
On l’oublie parfois, mais le meilleur des 4×4 trouverait très rapidement ses limites hors des sentiers battus s’il était équipé en pneus routiers, pour la simple et bonne raison que ces derniers n’ont ni la même texture, ni les mêmes empreintes que les pneus M & S (Mud/Snow) ou A/T (All Terrain). Le niveau de grip dans la neige ou la gadoue se révèle donc logiquement très différent ; dès lors, si vous envisagez sérieusement les expéditions en off-road, assurez-vous que votre 4×4 soit correctement chaussé.
En parallèle, et en fonction du type de sol sur lequel vous évoluez, il peut être intéressant d’adapter la pression des pneumatiques, puisqu’en les dégonflant légèrement, par exemple, la surface de contact avec le sol, qui s’exprime en kg/cm2 s’en trouvera augmenter. Il en résultera une meilleure traction et une plus grande facilité pour le pneumatique à se débarrasser de lui-même de la saleté et de la boue qui pourraient être piégées dans la bande de roulement.
Toutefois, et comme bien souvent, tout est finalement une question de juste équilibre à trouver, car moins il reste d’air dans un pneu, et moins il est capable d’absorber les forces latérales. Autrement dit, en cas de braquage violent, comme cela peut arriver sur une dune, il y a un risque accru de déjanter. Chaque pneumatique présente ses propres spécificités dans la gestion des basses pressions, mais de façon générale, retenez que dans la boue, un gonflage à 80 % et sans dépasser les 50 à 60 km/h paraît conseillé. Dans le sable, comptez plutôt 60 % de gonflage seulement, mais avec une vitesse maximale qui chute alors à 20 ou 25 km/h.
Franchissements : dénivelés et obstacles
Bien sûr, la pratique du tout-terrain comprend de nombreux types de franchissements, depuis la montée ou descente abrupte, jusqu’au croisement de pont en passant par les ornières et les dunes. À chaque type d’obstacle, il y a bien sûr une méthode à appréhender pour le franchir, mais retenez en tout cas que si votre intuition vous pousse à redouter une difficulté en particulier, mieux vaut ne pas tenter le diable et la remettre à plus tard. Se lancer avec son gros 4×4 à l’assaut d’un franchissement redouté conduit très rarement à de bonnes choses.
Cela étant posé, voici quelques conseils que nous pouvons vous livrer pêle-mêle pour optimiser votre conduite en tout-terrain :
- Sur une piste ondulée, deux allures sont possibles : rouler très doucement, ou bien, paradoxalement, très vite, autour de 80 km/h, de manière que le véhicule semble survoler les crêtes, mais gare alors à la durée de vie des trains roulants et aux objets mal fixés !
- Dans la boue, essayez de repérer la profondeur des traces des véhicules qui vous ont éventuellement précédé : ils sont probablement passés sur un sol moins meuble, permettant d’avancer plus facilement. Idem dans le sable d’ailleurs, et attention à ne pas trop vous en éloigner, car sur une dune, la solidité du sable peut varier d’un mètre à l’autre.
- Pour sortir d’une voie déjà creusée, si vous n’arrivez pas à surmonter le côté par la force, pensez à l’éroder avec votre pneu progressivement ou armez-vous d’une bonne bêche.
- En matière d’inclinaison et de dévers, sachez que le cerveau humain se sent mal à l’aise à partir de 30° en latéral, alors même qu’un vrai 4×4 peut encaisser bien davantage sans sourciller. Le mieux consiste alors à sortir du véhicule, pour la simple et bonne raison que la situation paraît souvent encore pire à l’intérieur ! Référez-vous aussi, systématiquement et idéalement avant le départ au manuel technique de la voiture, qui indiquera les angles maximums qu’il est capable de prendre.
- Si vous roulez de biais (sensations fortes garanties !), mais que vous devez sortir rapidement d’une pente mal engagée, orientez-vous toujours vers la vallée, jamais vers la montagne, comme le veut le dicton, car il est plus facile d’éviter ainsi un renversement.
- Si vous disposez de systèmes automatisés de démarrage en côte et de contrôle de la vitesse en descente, très bien, mais veillez à apprendre à vous en servir avant de vous retrouver devant l’obstacle. On constate encore trop souvent que ce n’est malheureusement pas le cas. Or grimper une pente raide n’est pas chose facile, puisqu’il faut un savant dosage entre traction, couple et élan. Idem pour une descente, qui se fait toujours à angle droit par rapport à la pente, et qui oblige à choisir le bon rapport pour que le moteur freine mais sans excès, afin de ne pas faire déraper le véhicule.
- Foncièrement, les collines et les fossés se franchissent de la même manière, c’est-à-dire en diagonale, avec un angle qui dépend de la longueur du 4×4 et de la largeur de l’obstacle en question. En tout cas, ce peut être un excellent test pour vraiment profiter de vos blocages de différentiels avant ou arrière si vous en avez, car si l’élan ne suffit pas, le blocage du différentiel central ne sera pas, à lui seul, d’une grande utilité non plus.
Le cas particulier de la conduite à travers l’eau
Indiscutablement, rouler sur l’eau, si l’on peut dire, est l’une des expériences les plus agréables en tout-terrain, mais aussi l’une des manœuvres qui exige le plus de concentration. De fait, n’oubliez jamais qu’un petit ruisseau de quelques centimètres de profondeurs peut brusquement, en une dizaine de mètres et parfois moins devenir affreusement profond. En outre, l’eau cache les obstacles ; oh, ils sont toujours là, comme sur le reste du parcours, mais vous avez plus de mal à les discerner.
Dès lors, à moins de disposer d’un outil technologique tel que le sonar dans les rétroviseurs, qui scanne la profondeur de l’eau comme sur les Range Rover, par exemple, mieux vaut s’assurer au préalable par soi-même que le passage est possible. Et, idéalement, n’y aller que si vous êtes attaché à un autre véhicule sécurisé sur l’une des rives. Posséder un treuil constitue aussi un atout majeur, à condition bien sûr d’avoir opté pour un modèle qui ne craint pas d’être mouillé…
Quant au moteur, il doit fonctionner constamment à un régime suffisant pour que l’eau ne puisse pas entrer par l’échappement (s’il est immergé), à défaut, vous risquez d’endommager rapidement le catalyseur. Ce régime moteur à maintenir correspond d’ailleurs à une vitesse suffisante, quant à elle, pour créer et maintenir une petite vague d’étrave, devant le radiateur, afin que l’eau n’y pénètre que le moins possible.
Trois choses, encore : ne négligez jamais la force du courant, car elle peut trimbaler des véhicules de plusieurs tonnes avec une aisance déconcertante, et pensez à l’avance à la manière dont vous allez pouvoir sortir de l’eau après la traversée. Avouez qu’il serait regrettable de devoir faire demi-tour à cause d’un talus sans la moindre adhérence. Enfin, sachez que les freins, une fois détrempés, auront besoin d’être activés à plusieurs reprises avant de fonctionner correctement de nouveau.
L’essentiel à retenir
Les véritables 4×4 apportent une promesse formidable d’aventure en off-road et il est tout à fait possible d’y goûter occasionnellement, à condition de trouver un endroit approprié, où la pratique est légale, et de maîtriser les éléments de conduite. En tout cas, loin de nous l’idée de vous en dissuader, car c’est vraiment une expérience intéressante, mais mieux vaut avoir en tête que le véhicule frottera ici ou là, et qu’il ne sera pas aussi brillant qu’auparavant. Frotter un arbre arrive constamment en franchissement, ce qui n’est pas bien grave, mais s’il s’agit d’un acacia aux belles épines bien développées, la peinture n’appréciera pas. Quoi qu’il en soit, c’est évidemment à vous de juger, et nous espérons que ce contenu aura pu vous éclairer sur les manières de bien conduire votre 4×4 !
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