Le marché automobile européen vit actuellement une période délicate. Stellantis, le groupe qui rassemble des marques réputées, telles que Peugeot, Citroën, Opel, Fiat, Alfa Romeo et DS, n’est pas épargné. Face à une demande inférieure aux prévisions, et des contraintes industrielles et réglementaires qui ne cessent d’évoluer, le constructeur doit provisoirement suspendre la production dans plusieurs de ses usines implantées sur le Vieux Continent. Ces arrêts touchent notamment des sites en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne et en Pologne, affectant des milliers de salariés. Ces dispositions ponctuelles révéleraient-elles le début d’une crise pour le groupe ?
Des sites implantés en Italie, en France et dans d’autres pays à l’arrêt
Stellantis a annoncé l’arrêt des activités sur le site historique de Poissy situé à l’ouest de Paris, où la production des DS 3 et Opel Mokka a été interrompue pendant trois semaines. Cette fermeture provisoire a impacté le travail de 3 800 salariés, qui se voient contraints de passer au chômage partiel.
En plus de Poissy, l’usine de Mulhouse, chargée de l’assemblage des Peugeot 308, 408 et DS 7, sera également fermée du 27 octobre au 2 novembre 2025. À Sochaux, siège historique de la marque Peugeot, les vendredis d’octobre seront chômés, mais cette fois, pour cause de problèmes d’approvisionnement chez un fournisseur.
Les mesures ne sont pas uniquement valables pour la France, puisqu’en Italie, l’usine de Pomigliano, installée à proximité de Naples, a aussi dû stopper la conception de la Fiat Panda et de l’Alfa Romeo Tonale. En Allemagne, le site d’Eisenach est confronté à une suspension momentanée, tandis qu’en Espagne, les activités à Saragosse et Madrid sont mises en pause durant plusieurs jours. Enfin, la production à Tychy en Pologne cesse pendant neuf jours.
Une demande faible par rapport à la production
La principale raison évoquée par Stellantis est la faiblesse de la demande. Malgré 1,65 million de ventes sur les 8 premiers mois de l’année, le groupe accuse une réduction de 6,6 % de ses immatriculations en Europe. La surcapacité de production du secteur automobile européen ne fait qu’aggraver la situation, ce qui oblige les constructeurs à ralentir leurs chaînes afin d’assurer une meilleure gestion des stocks.
Les usines américaines du groupe ont déjà rencontré des soucis d’accumulation de stocks, où des voitures se tassent dans les parkings, faute d’écoulement suffisant. En Europe, le phénomène se reproduit. La demande pour certains modèles, en particulier les SUV et les hybrides rechargeables, n’atteint pas les objectifs fixés. À Poissy, les DS 3 et Opel Mokka font face à de faibles ventes.
Aux États-Unis, l’Alfa Romeo Tonale, conçue à Pomigliano, subit l’impact des droits de douane de 15 % exigés sur les voitures européennes, ce qui abaisse sa compétitivité. Le groupe doit, en outre, tenir compte de la diminution des commandes des flottes et loueurs en fin d’année, un facteur qui incite à des suspensions temporaires afin d’optimiser les stocks.
Même si le groupe Stellantis affiche des progrès dans l’hybride et demeure un leader dans le segment des véhicules utilitaires avec Stellantis Pro One, la réalité industrielle reste complexe. Bien que les ventes soient encourageantes pour certains segments, elles ne permettent pas de maintenir une production constante sur tous les sites. La chute de 18 % des ventes sur certains mois et la reprise des commandes qui prend du temps expliquent en grande partie les 70 jours cumulés d’interruption des chaînes de montage à travers l’Europe.
Des obligations électriques trop strictes ?
Outre la demande en berne, Stellantis et ses concurrents doivent également faire face à la transition vers l’électrique imposée par l’Union européenne. Les normes CAFE, ainsi que les obligations de réduire les émissions de CO2 contraignent les constructeurs à vendre des véhicules électriques et hybrides rechargeables, quand bien même la demande réelle serait limitée.
Avec cette pression réglementaire, le groupe peine à trouver le juste équilibre entre production et ventes, et doit pourtant s’en tenir à un certain volume de modèles propres, pour ne pas écoper d’amendes.
Désormais, la stratégie de Stellantis consiste à tout écouler, toutes motorisations confondues, pour se conformer aux quotas de CO2. Cette politique peut néanmoins exposer à des risques, puisqu’elle pourrait entraîner l’augmentation des stocks, notamment pour les véhicules électriques et les PHEV, dont la décote est plus rapide que celle des modèles thermiques. Pour s’en sortir, le groupe doit non seulement se plier aux exigences légales, mais aussi contrôler les stocks et préserver la rentabilité.
Pour remédier à la situation et redynamiser les ventes, Antonio Filosa, nouveau directeur général du groupe, entend privilégier les nouveaux modèles européens, et compte particulièrement sur les petites voitures de la gamme Smart Car, comme l’Opel Frontera, la Citroën C3 et C3 Aircross et la Fiat Grande Panda. En tout cas, les mois à venir seront déterminants pour le groupe et pour l’industrie automobile européenne dans son ensemble.
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