Le couple et l’automobile : la domination masculine remise en cause ?

Etude sur les tensions et disputes des couples dans leur voiture

Des décennies durant, le monde de l’automobile a été l’apanage quasi exclusif des hommes. Dès leur plus jeune âge, les garçons y étaient conditionnés par la figure paternelle au volant, les exploits des pilotes essentiellement masculins et les cadeaux reçus, petites voitures et garages en tête.

Mais ainsi que le montre l’étude commandée par Caroom à l’Ifop sur « La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ? », les choses évoluent assez nettement au fil des années. Certes, l’homme a toujours une forte tendance à vouloir prendre le volant à la place de sa conjointe et à considérer qu’il doit décider des achats qui concernent la voiture familiale, mais les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’affirmer : si elles sont encore aujourd’hui 55% à dire que la décision d’acquérir une voiture revient prioritairement à leur partenaire, c’est 30 points de moins qu’en 1994. Et lorsqu’elles doivent acheter une voiture pour elles-mêmes, elles sont bien moins nombreuses à solliciter l’avis de leur entourage masculin que par le passé…

Néanmoins, il reste de très gros progrès à faire en matière de sexisme dans l’automobile si l’on en croit la perception très négative qu’ont les femmes du jugement méprisant que portent sur elles les garagistes. Alors oui, la domination masculine perd du terrain, mais sans dépasser les limitations de vitesse.

L’homme s’accroche toujours au volant…

1- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

Les réponses apportées aussi bien par les hommes que par les femmes témoignent de la prééminence masculine lorsqu’il s’agit de prendre le volant dans le couple. Il est intéressant de noter que les messieurs se déclarent plus souvent conducteurs (78%) que ne le vivent leurs conjointes (63%). Ils ont également un rapport plus éloigné au partage de la conduite, 1 homme sur 10 (11%) déclarant prendre le volant à parité avec sa femme alors que 2 femmes sur 10 (21%) revendiquent cette égalité dans le couple. À l’évidence, les hommes restent très attachés dans leurs déclarations à leur image de conducteur principal, forgée depuis l’avènement de l’automobile par des stéréotypes de genre particulièrement bien ancrés. Cette domination, si elle reste effective, s’effrite quand on la compare à celle qui était la règle dans les années 70, où la conduite au sein du couple était quasi exclusivement le fait du mari. Néanmoins, les progrès effectués en la matière en un demi-siècle restent faibles.

…surtout sur les longs trajets

2- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

De nombreuses études montrent que les femmes conduisent majoritairement sur de courts trajets, pour faire les courses ou aller chercher les enfants à l’école par exemple, tâches qu’elles assument bien plus souvent que leurs conjoints. Mais lorsqu’il s’agit de se lancer dans un long périple, elles retrouvent pour nombre d’entre elles la place de la passagère. Ainsi, 8 hommes sur 10 (81%) déclarent être principalement au volant lors de longs trajets contre un peu plus d’1 femme sur 10 (14%). Sur cette question comme sur la précédente, la perception du partage du volant est différente selon qu’on interroge les hommes ou les femmes. Les premiers sont 12% à dire qu’ils conduisent autant l’un(e) que l’autre quand 21% des secondes l’affirment. Là encore, l’image ancestrale de l’homme chargé d’assurer de diriger le foyer et d’en assurer la sécurité se retrouve au sein de l’habitacle.

Plus de la moitié des couples se disputent en voiture

3- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

« Le couple en voiture n’est que le pâle prolongement de ce qu’il est en dehors. Et de cet espace confiné naissent des interactions d’autant plus intenses. » a écrit le psychologue canadien Yvon Dallaire dans son ouvrage « Conflits et disputes dans le couple. Comment les gérer ? ». Se disputer en voiture est déjà arrivé à plus de la moitié des personnes interrogées, tant sur des courts trajets (53%) qu’à l’occasion de départ en vacances ou en week-end (54%). Dans les deux cas, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à faire état de discorde dans la voiture, particulièrement chez celles âgées de 35 à 49 ans qui évoquent pour 68% d’entre elles de telles disputes lors de longs trajets contre 57% pour l’ensemble des femmes interrogées.

4- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

Le style de conduite arrive en tête des raisons de conflits au sein de la voiture, cité par près de la moitié (47%) des personnes s’y étant déjà disputées et en hausse de quelque 17 points par rapport à une étude réalisée en 2017. Plus de la moitié des femmes (52%) indiquent qu’il s’agit là d’un motif de dispute lorsqu’elles sont en voiture avec leur conjoint. Malgré l’avènement des systèmes et applications de guidage, la direction à prendre reste elle aussi une source de dispute pour 37% des répondants, chiffre là aussi en hausse (+8 points en 4 ans). En progression également, la vitesse est évoquée par plus d’1/4 des automobilistes interrogés (+ 6 points depuis 2017).  Les bouchons et le choix de la musique sont des raisons plus marginales de tension au sein du couple en voiture.

5- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

La peur, qu’elle soit liée à la vitesse, à une conduite agressive ou à des erreurs d’inattention, est souvent à l’origine de disputes en voiture. En l’espèce, les femmes déclarant avoir déjà été effrayées lorsque leur conjoint conduit sont plus nombreuses (43%) que les hommes dans la même situation (36%). Cela dit, les hommes sont à l’inverse plus nombreux (7%) à avoir « souvent peur » que les femmes (3%).

L’expertise automobile masculine remise en cause

6- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

En 1990, une étude menée par l’institut Ipsos auprès de 700 femmes montrait que près des 2/3 d’entre elles (62%) demandaient conseil à leur entourage masculin avant d’acheter une voiture. 31 ans plus tard, moins de la moitié des femmes (44%) consultent des hommes en pareille circonstance. Peu à peu, l’expertise conférée à la gent masculine dans le domaine de l’automobile perd de son importance aux yeux des femmes qui sont désormais majoritaires à faire leurs choix sans ressentir le besoin d’un avis masculin pour les orienter. L’expérience en matière de conduite et d’achat explique très certainement les différences générationnelles marquées sur cette question : 55% des jeunes filles âgées de 18 à 24 ans indiquent demander conseil à leur entourage masculin avant d’acquérir une automobile contre seulement 36% des femmes âgées de 50 ans et plus.

7- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

À l’exemple du partage de la conduite, les réponses des hommes et des femmes quant à qui décide au sein du couple des dépenses liées à la voiture montrent des différences flagrantes. Ainsi, 94% des hommes revendiquent le fait d’en décider alors que les femmes ne sont que 53% à attribuer cette responsabilité à leur conjoint. À l’évidence, et même si ce n’est pas autant le cas dans la réalité, les hommes interrogés ressentent le besoin d’endosser cette mission qui répond là encore aux stéréotypes de genre leur donnant une sorte d’exclusivité sur tout ce qui touche à l’automobile.

8- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

Cette mainmise sur la voiture est de plus en plus battue en brèche, ainsi qu’en témoigne la comparaison entre une étude Ipsos datant de 1994 et notre enquête Ifop portant toutes deux sur le rôle des hommes et des femmes dans la décision d’acheter une automobile au sein du couple. Voici un peu plus d’un quart de siècle, les femmes étaient 85% à indiquer que la décision d’achat de la voiture familiale revenait à leur conjoint, chiffre en chute de 30 points pour s’établir aujourd’hui à 55%, et donc approcher une égalité des sexes en la matière. Parité désormais en vigueur chez les femmes de plus de 65 ans (50%) mais bien plus éloignée chez les plus jeunes (31% chez les 25-34 ans).

Alors, qui conduit le mieux ?

9- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

Qui n’a jamais entendu ce « dicton » ô combien sexiste et machiste : « Femme au volant, accident au tournant ». Battu en brèche par les statistiques des compagnies d’assurances – les hommes sont responsables de plus d’accidents que les femmes alors qu’ils ne roulent pas beaucoup plus qu’elles -, il l’est également par la perception qu’en ont les Français. Ainsi 59% des personnes interrogées considèrent que les femmes ne conduisent ni mieux ni moins bien que leurs alter ego masculins, 28% jugeant qu’elles conduisent mieux. Les femmes s’auto-évaluent d’ailleurs bien plus positivement que les hommes : 38% d’entre elles (et 52% des plus de 65 ans) estiment qu’elles conduisent mieux contre 12% des hommes qui pensent le contraire. Comparativement à une étude Ipsos datant de 1988, on constate que la part de personnes estimant qu’il n’y a pas débat sur cette question est en augmentation de 8 points, passant de 51% à 59%.

10- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

Si une majorité de Français jugent que la qualité de la conduite n’est pas une affaire de sexe, hommes et femmes sont globalement d’accord (50% des hommes et 51% des femmes) pour dire que les premiers ont le plus d’accidents sur la route. Un chiffre en nette baisse par rapport à celui enregistré par Ipsos en 1988 : voici un peu plus de 30 ans, 66% des Français attribuaient les accidents aux hommes alors qu’ils n’étaient que 17% (contre 38% aujourd’hui) à penser que les torts étaient partagés.

Les femmes et leur garagiste : la rupture consommée

11- Ifop Caroom - La voiture, un objet de pouvoir et de tensions dans le couple ?

Si elles prennent de plus en plus en main leur destin dans le monde toujours très masculin de l’automobile, si elles se jugent souvent meilleures conductrices que les hommes, les femmes ont clairement le sentiment d’être méprisées par les garagistes auxquels elles s’adressent, et ce dans des proportions globalement en hausse au fil des années. La seule affirmation qui rencontre moins d’adhésions qu’en 2008 (étude BVA pour Point S) est celle qui consiste à dire que « pour un garagiste, les femmes sont forcément nulles en mécanique ». Elles sont aujourd’hui 71% à estimer que c’est ce que pensent d’elles les garagistes contre 76% il y a 13 ans. En revanche, 89% considèrent qu’elles représentent des clientes faciles à arnaquer (contre 71% en 2008) et 69% jugent qu’elles sont considérées différemment si elles viennent seules ou accompagnées (66% en 2008). La plus forte progression – pas moins de 26 points – entre les deux enquêtes est relative à la perception par les garagistes des femmes comme étant de mauvaises conductrices. 37% des femmes avaient ce sentiment en 2008 contre 63% en 2021. Une évolution nette qui peut s’expliquer par une sensibilité de plus en plus affirmée chez la gent féminine vis-à-vis de situations dans lesquelles la supériorité masculine s’exerce de manière forte et historique à leurs yeux.

Vous pouvez accéder aux détails de l’enquête en téléchargeant l’analyse chiffrée via ce lien.

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