Confronté à une demande stagnante pour ses véhicules électriques familiaux, Renault envisagerait de revoir sa stratégie. Selon plusieurs sources, la Mégane E-Tech et le Scénic E-Tech pourraient prochainement accueillir des motorisations thermiques ou hybrides. Une réflexion qui témoigne d’un changement d’époque pour le constructeur français, jadis chantre du « tout-électrique ».
La vision des véhicules électriques face à la réalité du marché
Lorsqu’en 2021 Luca de Meo a présenté le plan « Renaulution », l’avenir semblait clair : Renault devait devenir l’un des piliers européens de la voiture électrique. La Mégane E-Tech fut la première incarnation de cette promesse. Moderne, compacte et bâtie sur la plateforme CMF-EV, elle symbolisait le renouveau technologique de la marque. Le Scénic E-Tech, plus familial, venait compléter cette offensive.

Mais la dynamique initiale s’est essoufflée. Malgré des qualités reconnues, les ventes ne suivent pas les ambitions. Les acheteurs, plus sensibles aux prix et à l’autonomie qu’au design ou à la technologie, se tournent vers des concurrents mieux positionnés. La MG4, plus abordable, ou la Tesla Model Y, plus valorisante, grignotent des parts de marché. Quant au Scénic, son titre de « Voiture de l’année 2024 » n’a pas suffi à transformer l’essai commercialement.
Des réformes européenne encore débattue
Renault n’est pas le seul à revoir ses priorités. Dans toute l’Europe, les ventes de voitures électriques marquent le pas. En France, la part de marché des modèles zéro émission stagne depuis plusieurs mois. L’évolution des aides publiques, combinée à un coût d’achat encore élevé, refroidit de nombreux acheteurs.

S’ajoute à cela une incertitude croissante autour de 2035, date à laquelle l’Union européenne prévoit la fin des ventes de véhicules thermiques neufs. De plus en plus de voix s’élèvent pour demander un calendrier plus souple. Dans ce contexte, les constructeurs qui avaient misé sur la flexibilité, comme Stellantis avec ses plateformes multi-énergies, semblent aujourd’hui avantagés. Renault, qui avait choisi la voie du 100 % électrique pour une partie de sa gamme, pourrait donc chercher à rééquilibrer son approche.
L’hypothèse d’un prolongateur d’autonomie est crédible
Selon les informations rapportées par Les Échos, Renault explorerait plusieurs pistes techniques pour redonner de la polyvalence à ses modèles électriques. L’une d’elles serait l’introduction d’un prolongateur d’autonomie, un petit moteur essence qui servirait uniquement à recharger la batterie. Cette solution, déjà populaire en Chine, permettrait de combiner la souplesse d’une voiture thermique à la sobriété d’un modèle électrique.
Ce système pourrait s’appuyer sur les travaux de Horse, la coentreprise créée avec Geely pour développer de nouveaux groupes motopropulseurs hybrides et thermiques. La technologie offrirait une alternative crédible aux clients rebutés par les contraintes de recharge, tout en maintenant une empreinte carbone réduite.
Pour la Mégane E-Tech, dont la batterie de 60 kWh reste limitée sur autoroute, un tel dispositif constituerait une évolution naturelle. Le Scénic, doté d’un pack plus généreux, serait sans doute moins prioritaire, même si sa plateforme pourrait elle aussi servir de base à des variantes hybrides.
Une nouvelle stratégie en préparation
Il ne s’agirait pas pour Renault de renoncer à l’électrique, mais plutôt d’adapter sa stratégie à la réalité du marché. Les usines françaises, comme celle de Douai où sont produits la Mégane et le Scénic, doivent continuer à tourner à plein régime. Or, les volumes actuels ne permettent pas de rentabiliser les investissements.
Proposer une déclinaison thermique ou hybride pourrait ainsi élargir la clientèle sans remettre en cause la trajectoire d’électrification. D’après les estimations relayées par Les Échos, seuls deux acheteurs sur dix du segment des compactes se tournent aujourd’hui vers une électrique. Les 80 % restants constituent un vivier que Renault ne peut ignorer.

Ce repositionnement serait impulsé par François Provost, nommé directeur général du groupe à l’été 2025. Il aurait la charge de présenter un nouveau plan industriel au printemps 2026. Parmi les pistes évoquées : le développement de nouvelles plateformes capables d’accueillir aussi bien des moteurs thermiques, hybrides que 100 % électriques.
Un tel changement marquerait une rupture avec la logique actuelle. Les plateformes dédiées à l’électrique, comme la CMF-EV, imposent des contraintes lourdes qui rendent toute adaptation coûteuse. Il serait donc plus logique que cette orientation accompagne la prochaine génération de Mégane et de Scénic, attendue vers 2027-2028, plutôt qu’une transformation des modèles existants.
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