Les français et le diesel : un divorce difficile

Pot d'echappement fumant auto

Malgré des incitations pour l’achat d’un véhicule électrique toujours plus fortes et des autos thermiques de plus en plus repoussés hors des villes, les français ne sont pas prêts à abandonner le diesel. 

Les voitures électriques n’ont jamais été autant mises en avant et les modèles thermiques toujours plus décriés (surtout celles fonctionnant au gazole en dépit des progrès conséquents réalisés ces dernières années). Afin de connaître les certitudes et convictions des français en matière d’automobile, Harris Interactive a réalisé une étude auprès des français pour le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA). Les résultats, publiés par Le Parisien, montrent que le diesel n’est pas aussi détesté que l’on veut nous faire croire.

Une mesure jugée excessive

Que ce soit au niveau national ou européen, il est acté que la vente de voitures thermiques, qu’elles soient essence ou diesel, sera interdite d’ici 2040. Mais d’ici là, les restrictions de circulation vont aller de mal en pis pour le moteur à combustion avec, en France, la multiplication des ZFE. Basée sur les vignettes Crit’Air, ces Zones à Faibles Emissions vont majoritairement impacter les véhicules diesel qui bénéficient de moins bonnes notations (non éligibles à la Crit’Air 1). Seuls 40 % des français interrogés savent que certaines zones vont passer en ZFE et 71 % considèrent que l’interdiction de circulation en ville frappant les autos diesel est une mesure excessive. Un chiffre important qui se comprend lorsque l’on sait que les politiques d’incitation au gazole ont été massives depuis les années 80 (à tel point que les ventes de véhicules diesel ont pu représenter jusqu’à plus de 70 % au début des années 2010).

De plus, 58 % des sondés estiment que cette interdiction de circuler en ville pour les modèles gazole est une mesure principalement économique. Mais cette affirmation est fausse puisqu’une grande partie de notre industrie automobile était tournée vers le diesel, comme l’explique pour Le Parisien Olivier Hanoulle, associé chez Roland Berger, spécialiste de l’automobile : « nous étions les champions du diesel et l’écosystème automobile souffre beaucoup depuis que nous nous en sommes détournés ».

Une transition couteuse

Si les constructeurs et autres sous-traitants ont désormais quasiment entièrement abandonné le développement de nouveau moteur diesel, ce carburant figure encore en grande partie dans le paysage automobile français. Le parc auto hexagonal est en effet encore composé à 60 % de véhicule fonctionnant au gazole et changer les habitudes des clients va prendre du temps. Et même si certains souhaitent passer à un mode de propulsion plus « propre », les ménages n’en ont pas forcément les moyens. « Beaucoup de gens favorables à la mobilité propre sont propriétaires d’un diesel sans avoir les moyens de renouveler leur véhicule. Le risque existe d’une fracture économique et sociale entre la France du thermique et de l’électrique. » explique Xavier Horent, délégué général du CNPA. Cette difficile transition s’est traduite par l’explosion du mouvement des Gilets Jaunes fin 2018, suite à l’annonce faite par le gouvernement de rapprocher les prix à la pompe du diesel de celui de l’essence.

Diesel en baisse mais toujours présent

Du côté des ventes, les modèles électriques et hybrides rechargeables ont de plus en plus de succès. Malgré tout, les chiffres restent encore assez éloignés du diesel, pourtant lui de plus en plus boudé. À titre de comparaison, il s’est vendu, sur les 4 premiers mois de 2021, environ 40 000 autos électriques et à peine plus de modèle PHEV (42 000). Des valeurs honorables mais encore loin des 140 000 exemplaires diesel ayant trouvé preneur sur la même période. Le croisement des courbes ne devrait pas intervenir tout de suite : 64 % des personnes consultées déclarent ne pas envisager l’achat d’une voiture électrique dans les 5 ans à venir. Une tendance confirmée par un cadre de l’industrie automobile : « Nous savons très bien que nos commerciaux galèrent pour vendre du 100% électrique »

Voiture électrique : des contraintes encore nombreuses

Bien que, comme le souligne Cécile Goubet, la déléguée générale d’Avere-France, association pour la mobilité électrique  « 90% des acheteurs d’un véhicule électrique sont très satisfaits », de nombreux freins subsistent encore pour passer le pas de la voiture électrique. L’autonomie est souvent encore insuffisante, les bornes de recharge publique ne se multiplient pas aussi vite qu’annoncé par le gouvernement et enfin, le différentiel de prix reste un obstacle majeur. Mais ce dernier devrait se résorber avec le temps grâce au développement par les constructeurs de plateformes spécifiques aux autos électriques et adaptables à plusieurs modèles, ainsi qu’à la baisse annoncée du coût des batteries.

Lire : Les modèles électriques bientôt moins chers que les voitures thermiques ?

Publié par
Jean-Baptiste TRICHOT
Commentez cet article